Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
1
Méthodologie de la dissertation au concours.
PREMIERE PARTIE : REDIGER.
1°) Présentation :
Une dissertation s’évalue d’abord graphiquement, visuellement, avant même la lecture
effective. L’absence d’une partie est immédiatement visible (une copie sans conclusion se
remarque tout de suite). L’équilibre et les déséquilibres dans la construction des parties se
remarquent (la troisième partie est trop souvent plus courte et faible en argument). La
disposition des parties et sous-parties doit être visible. Les volumes de texte doivent être
séparés en cinq : un volume d’introduction ; trois volumes de développement
(trois
parties) et un volume de conclusion.
Il faut voir des blancs typographiques :
-- deux lignes sautées entre introduction et une partie, entre les parties elles-mêmes et
entre la dernière partie et la conclusion.
-- et les aliénas (retour à la ligne, c’est-à-dire un décalage à la première ligne).
Un volume de développement (bloc de texte) est subdivisé en paragraphes visibles, et non
en une dizaine de blocs de quelques lignes.
Le paragraphe est une unité de sens de la dissertation.
2°) Lisibilité : écriture, surcharges, ratures, renvois.
L’écriture doit être manuscrite, lisible (les lettres doivent être sur la ligne, les lettres sont
formées). Il ne doit pas y avoir de surcharges (mots écrits entre deux lignes), ratures ou
renvois (astérisques qui demandent de revenir sur un paragraphe pour introduire une idée
oubliée), pas de blanco. Tout cela n’est qu’un signe graphique d’une déficience de la
pensée. Une idée vient au hasard de la rédaction, un exemple oublié revient à la mémoire,
une précision nécessaire apparaît d’un seul coup. La rédaction doit découler d’une
maturité de la pensée. Une copie dont la pensée est maîtrisée se développe de manière
fluide, avec une écriture constamment lisible.
3°) Titres soulignés et guillemets.
Titres soulignés.
Les titres des oeuvres doivent être soulignés. Le soulignement permet de distinguer le titre
de l’oeuvre du héros principal : par exemple, Macbeth (l’oeuvre) n’est pas Macbeth (le
personnage).
Les guillemets sont indispensables pour les citations des oeuvres au programme, ou des
oeuvres extérieures au programme (phrases entières ou groupes de mots, voire même mots
isolés).
Si le sujet prend la forme d’une citation, il faut prendre soin de la citer avec des guillemets.
Parler de
« conscience
» signifie qu’on fait référence aux phrases antérieures qui
développaient le concept de conscience chez tel auteur. Parler de conscience
(sans
guillemets) signifie qu’on utilise le mot de conscience dans son sens général.
4°) Ponctuation.
La ponctuation rythme la pensée, parce qu’elle est grammaticale aussi bien dans les
groupes de mots que dans la structure de la phrase. C’est pourquoi elle suit des règles qui
distinguent les deux points du point-virgule Confondre la virgule avec le point traduit une
négligence de la logique. La ponctuation fait sens.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
2
Les deux points :
-- sont indispensables avant les guillemets.
Exemple : Thérèse répondit à Firmin : « Je ne veux plus vivre à Châtillon ! »
-- introduisent une relation causale, une explication, un exemple, un rapport logique.
Exemple : Thérèse réfléchissait à son avenir : prévoyait le départ de Firmin.
Les deux points signifient une explication qui établit une relation logique entre la réflexion
sur l’avenir et le départ de Firmin. Les deux points veulent dire « évidemment », « car », «
puisque ».
Le point-virgule ;
établit un lien entre des idées, sans préciser le rapport logique.
Exemple : Thérèse réfléchissait à son avenir ; prévoyait le départ de Firmin.
Le point virgule est ici une anticipation réelle, elle a franchi une étape sans explicitement
formuler une explication causale. Le ; est un déjà.
La virgule , marque :
-- l’accumulation
(succession d’informations).
Exemple : elle était ancienne, mal
présentée, couverte de poussière et remisée au fond d’une cave.
-- les propositions subordonnées, et principales.
Exemple : Alors que Macbeth fait le mal pour lui-même, les personnages qui font le bien
le font pour autrui. (La phrase en italique est une subordonnée, la phrase en lettre droite
est la principale).
-- juxtaposition de propositions indépendantes.
Exemple : Thérèse réfléchissait à son avenir, prévoyait le départ de Firmin.
La virgule montre une simple succession d’action, une juxtaposition sans lien nécessaire.
-- et l’apposition (ce qui introduit une qualification sous la forme d’un groupe de mots).
Exemple : le boucher, ivre de rage, abattit son hachoir sur la tête du...
Le point .
Exemple : Thérèse réfléchissait à son avenir. Elle prévoyait le départ de Firmin.
Il s’agit d’un récit, d’une description.
5°) Orthographe.
L’orthographe n’est pas uniquement une convention, c’est un critère de distinction entre
classes sociales et classe d’âge. L’orthographe est aussi au service du sens de la phrase.
Il n’est pas possible de confondre son (possessif) et sont (verbe être), à (préposition) et a
(verbe avoir).
L'exaspération créée chez le correcteur par une orthographe déficiente se traduit par des
pénalités au détriment des candidats.
Exemple de fautes d’orthographe à éviter :
On accorde les noms au pluriel : un sujet, des sujets.
On accorde l'adjectif qualificatif avec le ou les noms auxquels il se rapporte : « un
pardessus vert », « un manteau et une jupe verts ».
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
3
On accorde le verbe avec son sujet : « J'ai : C'est moi qui ai », « Nous avons : C'est nous qui
avons », etc.
On ne confond pas l'adverbe invariable et l'adjectif variable : « ci-joint la note » et «
veuillez lire la note ci-jointe ». Pour la même raison on doit écrire : « même les derniers
peuvent entrer » (même = également ; adverbe) et « les mêmes causes produisent les
mêmes effets » (même = identique ; adjectif).
Ces / Ses : « ces livres » (les livres que l'on désigne) et « ses livres » (les livres qui lui
appartiennent).
Leur peut être variable (adjectif) : « leurs examens sont satisfaisants » ou invariable
(pronom personnel) « Je leur communiquerai mon adresse ». Prêt, Prête # Près (non loin).
La plupart s'écrivent en deux mots et non en trois.
Plus tôt s'oppose à plus tard. Plutôt signifie de préférence.
Obscur ne prend pas de « e » au masculin, en prend un au féminin : obscure. Vertu ne
prend pas de « e » : la vertu.
Parmi et malgré s'écrivent sans « s » mais volontiers en prend un.
On ne confondra pas la satire (la critique) et le satyre.
6°) Grammaire :
Le respect des règles de la langue est un impératif !
Exemple de fautes de syntaxe à éviter :
On dit : « il vaut mieux qu'il parte » (= il est préférable) et « il faut bien qu'il parte » (= il
est nécessaire). Ne jamais écrire : il faut mieux.
Acquérir se conjugue : au présent : « j'acquiers, tu acquiers, il acquiert, nous acquérons,
vous acquérez, ils acquièrent ». Au passé composé : « j'ai acquis, tu as acquis », etc.
Résoudre se conjugue : au présent : « je résous, tu résous, il résout, nous résolvons, vous
résolvez, ils résolvent ». Au passé composé : « J'ai résolu, tu as résolu », etc.
Se résoudre se conjugue : « je me résous, je me suis résolu », etc.
On dit « la maison de ma mère » (et non « à ma mère »), « la voiture de mon ami ».
Soit ne s'emploie jamais seul : « il viendra soit à cheval soit à bicyclette ». Ne jamais dire :
« soit à cheval ou à bicyclette ».
Dire : « on vient par ses propres moyens » et « nous venons par nos propres moyens ».
Ne pas dire « malgré que », mais « bien que » ou « quoique ».
7°) Style, qualité de l’expression :
Langue écrite et langue orale.
La dissertation est une langue écrite qui utilise la phrase complexe. Personne n’écrit
comme on parle. La langue orale juxtapose une suite d’indépendantes à peine
coordonnées, et tend à la répétition. Alors que la parole orale influence par le sentiment un
auditeur présent dont on remarque les réactions au fur et à mesure de la discussion, la
phrase écrite se construit par des liens logiques afin de présenter une argumentation
rigoureuse à un lecteur absent.
Exemple :
Langue orale.
Rousseau admire l’ordre de la nature telle que Dieu l’a voulue. Il sent en son cœur la
présence d’une bonté de la Providence. Mais il tourne son regard sur le monde des
hommes. Il voit alors que le mal est partout.
Langue écrite.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
4
Alors que Rousseau s’émerveillait de l’ordre du monde tel que Dieu l’a crée et ressentait
en son cœur même la présence bienveillante de cette Providence, il découvre cependant
avec effroi, dès lors qu’il regarde le monde bâti par les hommes, que le mal est partout.
La langue écrite souligne le contraste entre la nature qui est bonne et l’home qui est
méchant, alors que la première phrase émiettait (malgré mais et alors) le mouvement de la
pensée en constats successifs. Le deuxième phrase exprime une pensée forte, cohérente et
souligne un lien logique d’opposition entre la nature et les hommes.
8°) Vocabulaire :
Il est nécessaire d’avoir une précision, un lexique approprié, qui dirige déjà vers une
qualité des concepts.
Exemple :
L’émotion, sentiment, passion ne veulent pas dire la même chose. La précision dans le
vocabulaire indique déjà une distinction au niveau des idées.
Exemple :
Quelles que soient les circonstances... = n’importe lesquelles
Quelques circonstances ont empêché... = certaines
Exemple de fautes à éviter :
Ne pas dire « Le livre » Dire « L'oeuvre, le texte, le roman, la pièce, le traité etc. »
Une décade est une période de dix jours, une décennie une période de dix ans (decennia).
Inique signifie « très injuste ».
L'emphase est une exagération dans les paroles et les manières.
Intègre signifie « honnête » « incorruptible ».
Prolixe signifie « qui est trop long », « bavard ». Prolifique « qui répand », « qui se
multiplie rapidement », et prodigue « qui fait des dépenses inconsidérées ».
Un dilemme est l'obligation de choisir entre deux possibilités dont chacune présente des
inconvénients. Ne pas écrire dilemNe (dilemne est une faute).
L'apogée est le plus haut degré de gloire, de puissance, qu'on puisse atteindre. C'est un mot
masculin : un apogée
Un panégyrique est l'éloge, écrit ou parlé, de quelqu'un ou de quelque chose.
Une conjecture est une supposition, une hypothèse, une prévision ; une conjoncture est
une situation d'ensemble, un contexte.
La magnanimité est la générosité, la grandeur d'âme, la clémence.
Conséquent est synonyme de « logique » (« être conséquent avec soi-même ») et non pas
de « considérable » ou d'« important ».
On dit par conséquent et en conséquence.
Ce qui est indicible est inexprimable, indescriptible.
Le luxe est la magnificence, l'abondance de choses somptueuses, la luxure est la pratique
immodérée des plaisirs sexuels.
On ne dit pas « avoir l'opportunité de » (anglicisme), mais « avoir l'occasion de », on ne dit
pas « saisir une opportunité », mais « saisir une chance ». Arriver « avec opportunité » en
français, c'est arriver au bon moment.
On ne relève pas un « challenge » (anglicisme). On relève un « défi ». On ne dit pas «
se baser sur » mais « se fonder sur ».
DEUXIEME PARTIE : ARGUMENTER.
Qu'est-ce qu'une dissertation?
La dissertation est un exercice scolaire qui se définit comme la mise en scène d'un
raisonnement. Elle s’enracine dans un problème (formulé par votre réflexion) à partir du
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
5
sujet (commun à tous), auquel elle apporte une réponse organisée et argumentée. Il faut
d'abord formuler le problème en termes précis ; puis apporter des éléments de réponse qui
doivent suivre un ordre logique. On commence en général par ce qui semble le plus évident
pour montrer progressivement toute la complexité de la question. L'important est donc
plus votre capacité à envisager tous les aspects du problème et à les articuler logiquement
que la réponse en elle-même.
L'exercice a certes ses limites, il peut être critiquable, mais c'est celui qui vous est
proposé et vous devez accepter de jouer le jeu. Pour réussir une dissertation, il vous faut
donc avant tout bien comprendre le but et les règles de ce jeu.
Les objectifs de la dissertation.
a- Le premier objectif de la dissertation est de montrer que vous êtes capable de tenir
un raisonnement logique pour défendre une idée. Autrement dit, on vous
demande de prouver que vous savez répondre à une question en hiérarchisant et en
articulant vos idées et utiliser des arguments pour les étayer.
b- Le deuxième objectif est de montrer que votre travail de l'année vous a permis
d'acquérir une vraie culture littéraire personnelle. Ainsi, non seulement votre
dissertation doit être un raisonnement qui répond à la question posée, mais il doit le faire
en s'appuyant sur une analyse fine, rigoureuse et personnelle des oeuvres au programme.
c- Le troisième objectif est de montrer votre capacité à mobiliser vos connaissances et
votre savoir-faire en temps limité tout en respectant la forme de la dissertation et le
langage commun à votre correcteur et à vous : le français courant soigné.
Les exigences du jury
Ces trois objectifs sont tous également pris en compte dans l'évaluation de votre copie,
qui n'est pas, contrairement à ce que l'on croit trop souvent, une question de subjectivité.
Les correcteurs appliquent un certain nombre de critères d'évaluation qui correspondent
précisément aux objectifs de la dissertation que nous venons de dégager.
Reprenons-les dans l'ordre.
a- Concernant le premier objectif, c'est la cohérence de votre propos qui sera évaluée
: on attend que vous ne vous contredisiez pas d'un paragraphe à l'autre ou d'une partie à
l'autre en affirmant une chose et son contraire, et que vous soyez capable de raisonner.
Chacun de vos paragraphes, par exemple, doit être logiquement relié au précédent.
Souvenez-vous toujours que la réponse au problème posé par le sujet importe moins au
jury que la façon dont vous raisonnez.
b- Pour le deuxième objectif, on évaluera votre connaissance des oeuvres à travers la
qualité de vos exemples. Votre exemple doit être pertinent pour votre argument et
précis. Le jury attend que vous connaissiez très bien par vous-même les oeuvres au
programme et que vous soyez capable d'utiliser vos connaissances au bon moment.
c- On vous jugera sur le troisième objectif d'après les qualités formelles de votre
devoir qui devra être achevé, bien présenté, sans fautes d'orthographe et dans un style
soigné
(vocabulaire précis et varié, syntaxe irréprochable, voire élégante). Votre
dissertation devra aussi impérativement se conformer à un schéma strict et comporter une
introduction en trois parties, un développement en deux ou trois parties composées elles-
mêmes de plusieurs paragraphes, et une conclusion en deux parties. Les rapports du jury
soulignent l'importance qu'il attache à ces règles en rappelant, par exemple, qu'une «
désinvolture regrettable à l'égard des consignes [...] expose à des pénalités » (Centrale-
Supélec 2004).
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
6
Les pièges à éviter dans une argumentation :
On attend, en effet, du candidat qu'il soit capable de prendre une position nette et franche,
sans redouter d'être pénalisé pour les idées qu'il exprime. On apprécie, quels que soient les
concours, l'authenticité. La sincérité rend plus convaincants vos arguments. Efforcez-vous
donc de vous forger une opinion personnelle sur la question au programme. Ce qui ne
signifie pas qu'il faille avoir une opinion préalable sur chaque sujet possible. Au contraire,
il est souhaitable que le sujet proposé soit pour vous l'occasion de réfléchir à une question
et de construire votre pensée. Une réflexion exacte, en train de s'élaborer, est plus
dynamique et donc plus intéressante qu'une opinion toute faite qui s'apparente à un
préjugé. Mais opinion personnelle ne doit pas être confondue avec fanatisme borné. Evitez
de présenter votre pensée comme une vérité absolue en lui donnant valeur de certitude
absolue. Ne tombez pas pour autant dans l'excès inverse en relativisant exagérément votre
propos. Votre opinion n'a pas de valeur absolue, elle n'a pas non plus de valeur parce
qu'elle est votre opinion. Écartez donc les « moi, je », les « je pense pour ma part que... » :
Ils n'ont aucun intérêt. Votre opinion ne vaut que comme une interprétation possible de la
question, une solution envisageable, dont la validité ne s'appuie que sur une
argumentation solide et des exemples pertinents. Restez donc ouverts et tolérants :
Acceptez de prendre en considération les jugements opposés aux vôtres. Pour autant, être
tolérant ne signifie pas approuver inconditionnellement ce que dit l'autre et s'abstenir de
tout jugement personnel sous prétexte que tout se vaut. C'est au contraire savoir choisir, se
décider, affirmer en reconnaissant à autrui le droit de faire d'autres choix, d'autres
décisions et d'affirmer d'autres valeurs.
9°) INTRODUCTION.
Face à la citation :
Selon Jean-Baptiste Frossard (Mines-Ponts), face à la citation, il est utile de passer « par
trois phases : (1) comprendre l’idée globale de la citation, sans entrer dans le détail, avant
(2) d’analyser précisément les mots-clefs pour comprendre les nuances du propos, et (3) de
prendre enfin du recul et de reformuler la thèse défendue en une phrase. »
Comment faut-il rédiger une introduction de type concours ?
UN EXEMPLE :
Sujet donné au concours :
Alain écrit que « nous oublions toujours que l'homme a devant lui des choses, et non
point des papiers et de l'argent. L'homme est défricheur, creuseur de rivières, paveur de
rues, laboureur, maçon ; au lieu que le comptable est une sorte de métaphysicien, qui
ignore les choses. Et les banques sont peut-être des cerveaux qui tournent à vide ».
Propos d’économique, 1926
Dans quelle mesure votre lecture des œuvres au programme vous amène-t-elle à partager
ce jugement sur l’argent ?
Introduction proposée :
La crise économique que traversent les économies mondialisées au début du XXIe siècle
serait, explique-t-on, le fruit d'une dématérialisation de l'argent à l'œuvre dans la finance.
C'est que l'argent, s'il tient son nom d'un métal, n'est pas une matière : comme l'explique le
philosophe Alain, « nous oublions toujours que l'homme a devant lui des choses, et non
point des papiers et de l'argent. L'homme est défricheur, creuseur de rivières, paveur de
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
7
rues, laboureur, maçon ; au lieu que le comptable est une sorte de métaphysicien, qui
ignore les choses. Et les banques sont peut-être des cerveaux qui tournent à vide ».
L'argent apparaît ainsi non comme une chose, mais comme une réalité qui se trouve au-
delà de la physique, si intellectuelle qu'elle n'en est plus effective : cela fait apparaître sa
part d'inhumanité. Ainsi, l'argent deviendrait le support d'un certain nihilisme lié à une
intellectualisation du réel. En quoi l'argent abstrait-il le monde au point de le détruire ?
Cette logique guide L'Avare de Molière en 1668 comme L'Argent de Zola en 1891. Si
l'argent apparaît bien à certains égards comme une fiction, c'est qu'il recouvre une part de
néant : par là, c'est en fait la finitude propre à la condition humaine qu'il dévoile.
Exercice : trouvez les étapes de l’introduction.
Corrigé :
[1-Situation du sujet] La crise économique que traversent les économies
mondialisées au début du XXIe siècle serait, explique-t-on, le fruit d'une dématérialisation
de l'argent à l'œuvre dans la finance. [ 2- Explicitation de la thématique et citation
du sujet] C'est que l'argent, s'il tient son nom d'un métal, n'est pas une matière : comme
l'explique le philosophe Alain, « nous oublions toujours que l'homme a devant lui des
choses, et non point des papiers et de l'argent. L'homme est défricheur, creuseur de
rivières, paveur de rues, laboureur, maçon ; au lieu que le comptable est une sorte de
métaphysicien, qui ignore les choses. Et les banques sont peut-être des cerveaux qui
tournent à vide ». [Analyse du sujet] L'argent apparaît ainsi non comme une chose,
mais comme une réalité qui se trouve au-delà de la physique, si intellectuelle qu'elle n'en
est plus effective : cela fait apparaître sa part d'inhumanité. Ainsi, l'argent deviendrait le
support d'un certain nihilisme lié à une intellectualisation du réel. [Formulation de la
problématique] En quoi l'argent abstrait-il le monde au point de le détruire ? [ 3-
Présentation du corpus dans son rapport à la problématique] Cette logique
guide L'Avare de Molière en 1668 comme L'Argent de Zola en 1891. [Annonce du plan :
première partie] Si l'argent apparaît bien à certains égards comme une fiction,
[deuxième partie] c'est qu'il recouvre une part de néant : [troisième partie°] par là,
c'est en fait la finitude propre à la condition humaine qu'il dévoile.
Première étape de l’introduction : situation du sujet. Trouver l’horizon général dans
lequel la citation peut s’inscrire.
Exemple sur le thème du mal (2010-2011) :
Le séries des catastrophes naturelles qui ont frappé le Japon en 2011 rappelle à l’homme
l’ancienne distinction entre le mal physique et le mal moral.
Sur cet horizon, on fait émerger la citation qu’on va travailler.
Deuxième étape : explicitation de la thématique et citation du sujet.
Cette citation est immédiatement l’objet d’une analyse brève, rigoureuse, et si possible
complète, des termes qui la composent, de manière à cerner le problème qu’elle contient.
Ce problème est alors formé explicitement. On parle alors de problématique. Ce moment
clef du devoir est le carrefour où les hors-sujets se manifestent.
Troisième étape : cette problématique doit être résolue, une prise de position à la
lumière des oeuvres au programme doit être définie, non pas sous la forme d’une réponse
(qui sera donnée dans la conclusion et pas avant), mais sous la forme d’un parcours qui
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
8
doit être annoncé. C’est ce que fait le plan de la dissertation qui est annoncé dans
l’introduction. Cette annonce doit être aussi peu scolaire que possible :
-- on évitera la première personne du singulier (ex : pour répondre à cette question, je ferai
une première partie où je montrerai que l’argent...)
-- on évitera aussi de parler de parties, de grand 1, de grand 2... comme on le fait dans les
exposé à l’oral.
Le plan a une cohérence logique, et il suffit de mentionner les étapes de ce raisonnement. Il
faut mettre en évidence l’enchaînement de la pensée.
Exemple :
Nous verrons d’abord que l’argent est un moyen utile, mais que devenu une fin en soi, il
prend alors une importance sociale démesurée... et qu’enfin...
On doit enfin également présenter le corpus d’oeuvres qui délimitent le champ de la
réflexion.
Jean-Baptist Frossard, membre du jury de Mines Ponts, juge que « d’abord », « puis »,
« enfin » sont des connecteurs temporels et non logiques. C’est pourquoi, il recommande
l’utilisation des connecteurs logiques : « certes », « néanmoins », « en réalité ».
RAPPEL des CONSEILS :
L'introduction comporte trois sections, organisées selon un ordre qui va du général au
particulier (pensez à l'image de l'entonnoir). Chacune de ces sections est matérialisée par
un paragraphe (allez à la ligne et commencez la section par un alinéa).
Première étape : L'introduction commence par présenter brièvement (une ou deux
phrases) le contexte dans lequel se situe votre sujet, en évitant les phrases trop générales et
« passe-partout ». Pour cela, il peut être habile d'ouvrir l'introduction par une brève
citation. Nous pouvons ainsi relever quelques entrées en matière réussies dans les bonnes
copies citées par les rapports de jury :
Exemple sur le thème de la mesure :
« "Rien que la médiocrité n'est bon", affirmait Pascal, dans la continuité philosophique
des Anciens qui prônaient la mesure plutôt que la démesure. C'est sur cette position
largement représentée dans la Grèce antique que Louis Gernet revient dans son
ouvrage... »
Exemple sur le thème de la recherche du bonheur :
« "Lorsqu'il s'agit de définir ce qui rend la vie heureuse, tout le monde tâtonne, et il est
si difficile de parvenir à une vie heureuse que, pour peu qu'on prenne la mauvaise voie,
on s'en éloigne d'autant plus qu'on la poursuit avec plus de fougue." (Sénèque, La Vie
heureuse) Le désir unanime de bonheur se heurte donc à la difficulté de sa recherche et
à l'incertitude concernant sa nature même.
Ainsi, Albert Jacquard affirme... »
Deuxième étape : La deuxième section présente le sujet lui-même et la
problématique. Quand la citation proposée dans la formulation du sujet est courte, vous
devez la citer intégralement. Si elle est plus longue, vous pouvez la reformuler en ne citant
que les passages clés et en résumant le reste. Puis, donnez une formulation de votre
problématique, en prenant bien soin de montrer qu'elle naît logiquement du sujet que vous
venez de citer.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
9
Troisième étape : Vient enfin l'annonce de votre plan, c'est-à-dire de l'idée principale
soutenue dans chacune de vos parties. Soyez très clairs : le plus simple est d'annoncer
chaque partie par une phrase.
Exemple sur le thème du mal (2010-2011):
Voici une introduction au sujet d'après la citation de Sartre :
« C'est pour ton bien. » Quel enfant n'a entendu cette phrase à propos d'un acte qui,
d'une façon ou d'une autre, le frustrait ou lui causait une douleur ?
L'enfant n'est pas encore capable de discerner son véritable bien, ce qui est bon pour lui.
Mais, il n'est pas sûr que l'adulte le sache mieux. C'est que ce laisse entendre Sartre dans
Le Diable et le Bon Dieu. « Heinrich à la femme : Dieu sait plus de choses que tu n'en sais :
ce qui te paraît un mal est un bien à ses yeux parce qu'il en pèse toutes les conséquences. »
Le personnage remet en cause la faculté individuelle de juger du bien et du mal, parce que
le point de vue de chacun est limité et relatif. Seuls un regard omniscient, une raison sans
limite, et notamment non limitée par le temps, pourraient porter un jugement véritable sur
une situation donnée. Cette thèse pose des problèmes graves. Car s'il est vrai que l'erreur
de jugement est non seulement possible, mais même inévitable, Heinrich semble renoncer
à la possibilité même de juger du bien et du mal. Si l'on ne peut nier la difficulté que nous
connaissons tous parfois à distinguer biens et maux, doit-on pour autant renoncer à juger
de ce qui est mal et entrer ainsi dans une logique du relatif ?
Il faut d'abord reconnaître la relativité des jugements humains, toujours passibles
d'erreur, sur les maux. Mais cette relativité des jugements ne signifie pas pour autant la
relativité du mal lui-même. Surtout, cette relativité, loin d'amener une suspension du
jugement, ne va pas sans l'obligation pour l'homme de juger.
10°) PROBLEMATIQUE.
La re-formulation interrogative du sujet ne constitue pas une problématique :
Comme l’écrit Jean-Baptiste Frossard (L’aventure, p.280-281, PUF, 2017) : « Comme son
nom l’indique, la problématique est la formulation d’un problème. Il s’agit de montrer la
tension entre la thèse et des éléments qui semblent la contredire. Soit une citation dont la
thèse d’ ensemble serait
:
« L’aventure est un désir de mort.» Les mauvaises
problématiques seraient les suivantes : «L’aventurier désire-t-il la mort ?», «Dans quelle
mesure l’aventurier désire-t-il la mort ?» Ceci n’est pas une problématique mais le sujet
qui a été donné, que l’on se contente de mettre à la forme interrogative.
Pour construire une problématique, il faut avoir dégagé le problème, en avoir saisi l’enjeu
et les difficultés. En l’occurrence, il faut avoir compris que l’aventurier recherche en effet la
mort puisqu’il s’avance en permanence jusqu’au seuil de la mort, et que cette mort le tente
en tant qu’elle est un avenir inconnu et indéterminé, mais qu’en même temps ce risque a
pour objet de réaffirmer la valeur de la vie, de comprendre le prix de cette existence
menacée. La problématique doit donc montrer ferment la tension entre ces deux termes. »
Rapport Agro-Véto 2016 :
Faut-il faire une ouverture dans la conclusion ?
«Rappelons que la conclusion, qui doit brièvement rappeler le parcours argumentatif
parcouru et répondre à la problématique initiale, peut se clore par une référence littéraire
ou théorique. Mais il faut éviter dans tous les cas de conclure le devoir en ouvrant
maladroitement vers d’autres questions («Il nous faudrait réfléchir sur les différentes
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
10
passions. » / « Autrui peut-il agir sur nos passions ? »). Cette légende scolaire, qui tend à
imposer une « ouverture », est en complète contradiction avec la logique même de
l’exercice de la dissertation, visant à traiter un problème et non à le dissoudre. Le jury
invite donc les candidats à renoncer à cette incohérence héritée, et le cas échéant les
préparateurs à lutter contre cette absurde tradition.»
12°) Organisation des parties.
Le plan en trois parties demeure la solution privilégiée, mais on peut faire un devoir
correct en deux parties, car il faut se rappeler le critère d’équilibre entre les parties. Il
existe en revanche d’autres plans que le plan célèbre (thèse / antithèse / synthèse), le choix
du plan doit être adapté à la problématique.
Rapport de 2016 (Agro-Véto) à propos du thème «le monde des passions» :
- Relation partie/sous-parties :
«Les candidats pouvaient ensuite proposer une lecture critique du sujet,
souligner ses failles et ses manquements. Cependant, une antithèse ne peut se
réduire à un catalogue de contre-exemples. Elle doit répondre à un axe critique
précis dont les sous-parties viennent préciser les modalités. Le sujet impliquait de remettre
en cause le caractère exclusif de la passion : à la fois la possibilité de jouir seul de tout ce
que l’on aime et le fait que la passion implique la disparition du monde extérieur. La
pluralité et l’interaction des passions participaient également d’une remise en question du
sujet.
Enfin, le candidat pouvait en troisième partie dépasser l’antithèse en soulignant le
caractère créatif et initiatique de l’expérience passionnelle, capable de faire du passionné
une conscience enrichie en prise avec le monde. Il convient cependant de veiller à la
tendance qui consiste à illustrer le sujet sur deux parties avant de proposer
une antithèse en troisième partie : la composition ne propose dans ce cas
aucun dépassement.»
- Remarques sur le développement :
«Le développement ne peut non plus procéder par juxtaposition (ni par étude de cas). Pour
que la dissertation soit une authentique réflexion et non pas un exercice de juxtaposition
de connaissances, il n’est guère pertinent de proposer des sous-parties envisageant les
œuvres une par une (I-1 Racine, I-2 Balzac, I-3 Hume etc...) Ce cas, qui révèle un
malentendu sur les attentes intellectuelles de la dissertation, demeure pourtant trop
fréquent. Chaque sous-partie doit se fonder sur des arguments et montrer comment les
œuvres y répondent ou non, en les confrontant.»
- Les transitions :
«Il est conseillé de faire régulièrement réapparaître le sujet au cours du développement, et
notamment dans les transitions entre les parties (lesquelles sont obligatoires, afin que
le lecteur puisse suivre la progression du raisonnement) et dans la conclusion : autant de
lieux stratégiques de la dissertation où le candidat est censé remobiliser le sujet et se
positionner vis-à-vis de lui. Néanmoins, il ne s’agit en aucun cas de le citer gratuitement et
sans commentaires : inutile de l’invoquer constamment en le citant intégralement comme
un refrain qui garantirait du hors-sujet.
Rappelons enfin qu’une mise en page claire est indispensable : les parties et sous-parties
doivent être facilement repérables, grâce à l’usage d’alinéas et de sauts de ligne.»
Les TYPES de PLAN :
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
11
Les règles de la dissertation veulent que votre plan comporte plusieurs parties (trois le
plus souvent) et que chacune de ces parties se divise à son tour en paragraphes appelés
«sous-parties» (au moins deux et jamais plus de quatre). Cela veut donc dire que chacune
de vos parties constitue un élément de votre réponse à la problématique, lié logiquement à
celui qui précède.
Comme il n'y a pas tant de façons que cela de construire un plan logique, vous pouvez
vous aider de « schémas » de plans. Les deux plans les plus utilisés sont le plan analytique
et le plan dialectique (thèse/antithèse/synthèse). Mais il existe des variantes à ces plans
qui ne doivent donc pas être considérés comme des recettes miracles.
Le plan analytique est utilisé quand on a besoin de définir une notion et d'en montrer
les approfondissements possibles.
Exemple de plan analytique : la première partie explique le problème posé par le sujet en
l'illustrant par des exemples tirés des oeuvres ; la deuxième partie montre que le problème
a un deuxième aspect plus complexe, d'autres conséquences moins évidentes ; la troisième
partie rattache alors la question à un problème plus général.
Le plan dialectique est utilisé quand on doit répondre à une question : la première
partie développe la thèse proposée par le sujet ; la deuxième partie analyse les objections
que peut rencontrer cette thèse ; la troisième partie montre que ces objections peuvent être
dépassées et résout la question en apportant une réponse plus complète et plus nuancée
que dans la I°) partie.
Jean-Baptiste Frossard, membre du jury du concours de Mines-Ponts, résume l’idée qui
préside à la construction du plan de la manière suivante :
«Mon expérience d’enseignant et de jury m’a mène à croire que les difficultés en
dissertation ne viennent pas de problèmes de méthode, car la méthode et le plan sont en
réalité d’une extrême simplicité. Analyser une idée, en montrer les limites pour parvenir à
une solution, n’est-ce pas là la forme la plus évidente et la plus naturelle de notre réflexion,
de nos débats politiques, de nos conversations ? Oui, je comprends ce que tu veux
dire, tu as raison sur ce point, mais en même temps je trouve que tu négliges tel ou tel
aspect du problème, donc je crois qu’il serait plus juste de dire que, etc. (…) Il faut se
défaire de l’obsession du plan pour privilégier la réflexion approfondie sur le sujet et sur sa
proposition intellectuelle : c’est à cela que l’essentiel du temps de travail au brouillon doit
être consacré.» (L’aventure, p.285, PUF, 2017)
Construire votre plan au brouillon.
Le plan détaillé sur le feuille de brouillon est une véritable feuille de route qui balise tout
le parcours et dont on ne doit pas s’écarter lors de la rédaction. Elle contient tous les
détails de l’argumentation et les exemples accompagnés de leurs références.
Il ne sert à rien de se demander comment trouver « le » bon plan, car il y a, la plupart du
temps, plusieurs plans recevables pour un unique sujet. En revanche, il existe plusieurs
critères pour déterminer si votre plan est « un » des bons plans possibles. Il doit pour cela
posséder trois qualités essentielles.
Premièrement, il doit se présenter comme un véritable raisonnement. Vos parties
doivent s’articuler de façon logique et ne pas être simplement juxtaposées. Chacune doit
apporter un approfondissement, une objection, une conséquence, etc., à celle qui la
précède.
Deuxièmement, un bon plan doit faire place, dans chacune de ses parties à toutes les
oeuvres au programme. Il faut donc absolument proscrire les plans qui se consacre à une
oeuvre par partie. En principe, les oeuvres sont utilisées dans les trois parties. On ne
devrait pas trouver une partie consacrée seulement à une oeuvre.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
12
Enfin, votre plan doit envisager tous les aspects de votre problématique, mais
uniquement de celle-ci. Il ne sert donc à rien de disposer d'une petite réserve de plans
appris par coeur. Chaque sujet - donc chaque problématique - demande un plan original.
Faire fi de cette règle vous conduira immanquablement au hors-sujet.
Rédiger un plan détaillé
Le plan détaillé est la trame de votre raisonnement, qui vous guidera lors de la rédaction
définitive. Sa fonction est de présenter succinctement : les thèses de chacune de vos
parties, leurs arguments, les exemples et les transitions logiques entre les paragraphes.
Commencez par poser les titres de vos parties. Donnez-leur la forme d'une phrase
énonçant l'idée directrice de votre partie, cela vous permettra de vérifier, d'une part, que
vos parties se rattachent bien à la problématique et, d'autre part, qu'elles sont articulées
logiquement l'une à l'autre.
Posez ensuite, à l'intérieur de chaque partie et toujours sous la forme d'une phrase, le
titre de vos sous-parties, c'est-à-dire les arguments qui vous permettent d'étayer l'idée de
chaque partie.
À la suite de chaque argument, notez toujours les exemples qui vous permettent de
l'illustrer.
Enfin, pensez toujours que le plan détaillé doit faciliter la rédaction finale : plus il sera
précis, plus votre rédaction en sera facilitée. Rédigez à la fin de chaque partie, une
transition d'une phrase, que vous réutiliserez au moment de la rédaction : le but est de
conclure votre partie en la reliant à la problématique et d'annoncer l'idée de la partie
suivante.
Comment rédiger le développement ?
Rédigez votre développement en suivant votre plan détaillé sans jamais perdre de vue
que vous rédigez un raisonnement. Voici quelques conseils pour vous aider à structurer
vos parties et sous-parties.
Chaque partie doit commencer par une phrase de présentation de l'idée générale que
vous allez y développer. Nulle difficulté nouvelle, puisqu'il vous suffit de reprendre le
titre de la partie, en l'étoffant éventuellement. Matériellement, vos parties s'ouvrent
donc sur un petit paragraphe introductif.
Rédigez ensuite chaque sous-partie en matérialisant bien les paragraphes par un
alinéa. Chaque paragraphe doit suivre une structure précise :
1) il énonce l'argument en une phrase ou deux, en prenant soin de montrer qu'il vient
logiquement à la suite du précédent ;
2) il développe l'argument en montrant en quoi il permet d'étayer la problématique ;
3) il donne un ou des exemple(s) ;
13°) Transitions.
4) il récapitule ce qui a été montré et annonce le paragraphe suivant.
À la fin de chaque partie, reprenez la petite conclusion-transition que vous aurez déjà
schématiquement rédigée dans votre plan détaillé. Ainsi, chacune de vos parties se
termine avec une phrase de transition qui, en récapitulant ce que vous avez déjà établi,
montre que cela amène à un autre aspect de la question, que vous traiterez dans la
partie suivante.
14°) Paragraphe.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
13
Il faut retenir cette consigne : un paragraphe = une idée.
15°) Les exemples.
Comment rédiger des paragraphes et traiter les exemples ?
La principale difficulté de la rédaction d'un paragraphe réside dans l'exploitation des
exemples. Il ne sert à rien de multiplier les exemples sans les exploiter : une succession
d'exemples ne prouve rien et vous n'aurez pas le temps de les développer tous
correctement. L'exemple sert à illustrer l'idée principale de votre paragraphe ; il doit donc
venir après l'énoncé et le développement de l'idée et non en début de paragraphe.
Le mieux est de choisir l'exemple le plus pertinent pour le point que vous avez à illustrer et
de le développer en détail : donnez le passage précis de l'œuvre, citez éventuellement le
texte, dites en quoi cela éclaire votre argument. Mais gardez à l'esprit que les trois œuvres
au programme doivent dialoguer dans votre dissertation. Vous n'aurez pas le temps de
comparer en profondeur les trois œuvres dans chacun des paragraphes - et ils ne s'y
prêteront pas nécessairement. Néanmoins, autant que possible en fonction du temps dont
vous disposez, éclairez votre premier exemple par un second tiré d'une œuvre différente.
À titre d'exemple, nous vous proposons ci-dessous la sous-partie (1°paragraphe de la 1°
partie) d’un sujet sur l’argent. Nous avons indiqué les différentes composantes du
paragraphe.
-1- Phrase de présentation de la première partie
-2- Énoncé de l'idée de la sous-partie
-3- Développement de l'idée
-4- Énoncé et analyse des exemples
-5- Récapitulation
Exemple de paragraphe rédigé :
Certes, l'argent dans sa forme matérielle se réduit aujourd'hui à des morceaux de papier,
voire à des chiffres sur un relevé de banque. Pourtant, de même que l'or qui fascine pour
lui-même, l'argent, dans ses formes abstraites, excite toujours les passions. [Phrase de
présentation de la première partie]
C'est d'abord que l'argent est cherché pour les biens qu'il donne. [Énoncé de l'idée de la
sous-partie] Or la valeur que l'on accorde à ces biens, qu'ils soient matériels ou qu'ils
prennent la forme de services, tend à rejaillir sur l'argent qui permet de les obtenir.
[Développement de l'idée] Lorsqu'il analyse les mécanismes de l'échange, Simmel souligne
que l'argent est la valeur en laquelle toute marchandise peut être convertie. On a donc
tendance à reporter sur lui la valeur de l'objet désiré. Plus encore, l'argent vaut plus que
tous les objets pris individuellement, puisqu'il permet idéalement de les obtenir tous : en
plus de la capacité d'obtenir ce que nous voulons, il nous donne une liberté et une
puissance particulières. C'est ainsi que, selon lui, l'acheteur est toujours avantagé par
rapport au vendeur. Il semble donc normal que la majorité des hommes cherchent à se
procurer de l'argent, comme dans L'Avare, où Harpagon n'est pas le seul à désirer la
richesse
: tous les personnages désirent avoir de l'argent, chacun pour une raison
différente.
[Énoncé et analyse des exemples] La valeur de l'argent, loin d'être fixée
seulement par les critères économiques et financiers, fait naturellement intervenir
l'estimation subjective. [Récapitulation]
16°) Citations des oeuvres.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
14
La dissertation vérifie l'appropriation personnelle des oeuvres au programme et non la
connaissance d’un cours. Elle est une lecture au sens profond du terme. De ce point de vue
la pertinence des citations et la capacité à trouver en particulier au second plan des oeuvres
des citations plus subtiles et moins évidentes est particulièrement valorisées.
Exemple :
Pour la Profession de foi du vicaire savoyard, un corpus d’une vingtaine de citations a été
rapidement élaboré et régulièrement utilisé dans les devoirs. Une lecture plus fine fait
découvrir d’autres idées. En effet, une lecture des passages où Rousseau répondait à des
objections que d’autres philosophes avaient pu faire à ses propres prises de position, offrait
un corpus plus restreint de citations très utiles dans des parties de dissertations où sa
pensée ne pouvait entrer que sous la forme d’une opposition.
Les citations des oeuvres doivent être pertinentes, il ne faut pas produire des citations
automatiques, sans lien avec le problème. Une dissertation doit ajuster tel argument à tel
exemple et donc à telle citation.
Rapport 2016 Agro-Véto :
Ne pas craindre la diversité entre les oeuvres, mais l’utiliser :
«Nous tenons à faire remarquer par ailleurs que les candidats, quelle que soit la partie,
semblent craindre de signaler que les œuvres s'opposent sur certains points. Nous avons
par exemple très rarement lu que la dénonciation morale des passions ne correspond pas à
la perspective de Hume. Les candidats pourraient aussi se servir de l'évolution historique
du regard posé sur les passions pour souligner la différence de perspective entre les
œuvres, afin d’éclairer certaines oppositions au sein du corpus. Nous rappelons donc que
faire dialoguer les œuvres ne consiste pas à les rendre unanimes.»
Selon Jean-Baptiste Frossard, membre du jury de concours de Mines Ponts,
« le
développement de l’exemple se fait en quatre temps : (1) contexte de l’exemple (à quel
moment de l’oeuvre, situation, etc.) ; (2) citation ou paragraphe du passage que l’on cite ;
(3) analyse de l’exemple (explication du passage et de l’idée qu’on en déduit) ; (4)
démonstration (en quoi cet exemple prouve la thèse de la sous-partie). Cette dernière
partie est essentielle et fait souvent défaut dans les devoirs. Ce n’est ps au correcteur de
comprendre pourquoi l’exemple choisi étaye la thèse défendue : c’est au candidat de veiller
à bien l’expliquer. »
17°) Citations sur le thème au programme.
Pas de récitation systématique pour remplir pour montrer une fausse culture sur le thème.
Savoir appuyer un argument et un exemple pris dans le programme sur une théorie
philosophique connue est toujours valorisé.
-------------------------------------------------------------------------------------------
RAPPEL succinct des CONSEILS essentiels :
-- L’introduction et la conclusion ne sont chacune qu’un seul paragraphe, sans aucun
retour à la ligne : vous les séparez du reste du devoir en marquant un intervalle d’au moins
une ligne. Si vous faites une longue introduction vous pouvez utiliser les paragraphes mais
il faut alors laisser deux ou trois lignes entre elle et votre première partie et ainsi de suite
jusqu’à la conclusion.
-- Vous faites de même entre chaque grande partie du devoir : dans l’idéal on devrait voir
quatre intervalles nettement marqués si vous faites trois parties.
Méthode de la dissertation : classe préparatoire. Mr M Noann.
15
-- Dans une partie on doit voir des paragraphes que vous marquez par un retour à la ligne
visible. On doit percevoir les arguments, les exemples et leurs analyses.
-- Aucune titre de partie, aucune marque de plan ne sont acceptés. Les titres sont
soulignés. Les citations sont entre guillemets.
-- Il faut respecter un minimum le français : cinq fautes d’orthographe par copie est un
maximum. Le français doit être écrit : vous devez savoir distinguer oral et écrit. Vous devez
éviter à tout prix les familiarités et les incorrections.
-- Optez désormais pour un français soutenu. Ce n’est pas de l’oral transcrit à l’écrit. Et la
justesse du vocabulaire doit s’allier à la phrase complexe tout en restant dans la clarté.
-- Pour chaque devoir il faut d’abord bien cerner le sujet pour ne pas le confondre avec une
question de cours ou un sujet déjà traité. Une dissertation n’est jamais une question de
cours mais elle est l’occasion de montrer que vous avez toute tune réflexion sur le thème et
les œuvres derrière vous.
-- Dans l’introduction vous ne devez pas commencer directement par Rousseau, solution
adopté par une quasi majorité d’élèves. Sauf longueur excessive la citation du sujet est
recopiée intégralement dans l’introduction : il n’est donc pas utile de recopier le sujet sur la
copie, ce qui induit certains en erreur. Vous devez formuler la problématique assez
longuement avant d’annoncer le plan qui en est la conséquence logique.
-- Vous ne devez jamais faire un plan par œuvres.
-- Les exemples doivent être en nombre suffisant, les citations sont obligatoires et les
références ne doivent pas être fausses.
-- La troisième partie est le sommet du devoir : la plus personnelle face à une polémique.
-- Dans la conclusion on ne doit plus trouver d’exemples car la démonstration est terminée
et c’est l’heure du bilan et vous donnez les réponses aux questions que vous avez posées en
introduction. Il est souhaitable que la conclusion soit brillante comme un final de concert.
Rédigez là au brouillon si possible. Travaillez là longuement en tout cas. Personne n’en fait
de vraiment efficace encore !
La forme des sujets :
Quel que soit le concours, les sujets peuvent se présenter sous deux formes :
- Une citation suivie ou précédée d'une consigne qui oriente le travail demandé. Il s'agit
alors d'étudier de près la pensée d'un philosophe, d'un critique, d'un intellectuel ou d'un
scientifique, d'en comprendre exactement le sens, d'en mesurer la portée, puis de prendre
position sur sa valeur, sa véracité, sa pertinence, ses limites, sa portée en son temps ou de
nos jours, lorsqu'elle est appliquée aux oeuvres du programme. Parfois, l'étude est dirigée
par une question qui accompagne la citation. Il s'agit alors d'y répondre, après l'avoir
délimitée et éventuellement subdivisée en questions partielles. Lorsque l'épreuve comporte
un résumé, la citation qui donne le sujet de la dissertation est tirée du texte à résumer.
- Une simple question : le candidat devra analyser minutieusement cette question en
saisissant bien son originalité, en évitant de se précipiter trop vite dans une réponse hâtive.
Toutefois cette deuxième forme tend à disparaître et aux concours 2009 tous les sujets de
dissertation comportaient une citation.